VIII-Incidences de certains travaux sur le projet Natura 2000. (Filets de protection)
Il s’avère que des travaux de sécurisation des parois par la pose de filets métalliques s’avèrent parfois nécessaires. Loin de nous l’idée de remettre en question ces travaux. Il s’agit comme le prévoit le « Guide de conseils méthodologiques de l’article 6, paragraphes 3 et 4, de la directive «habitats 92/43/CEE » publié par la Commission européenne DG Environnement, d’une RIIPM (raison impérative d’intérêt public majeur). Néanmoins il est apparu que la pose de ces filets de protection métalliques favorisait parfois le développement de certaines espèces grimpantes qui y trouvent un support idéal (par exemple le lierre) Une surveillance s’avère donc nécessaire afin d’éliminer régulièrement les espèces indésirables, opération qui soit dit en passant facilitera le contrôle de l’état des filets. Cette mesure d’atténuation devrait suffire à maintenir ces parois dans un état de conservation favorable aux termes de la directive 92/43. Dans ce cas des mesures compensatoires ne semblent pas indispensables.
IX-La faune des falaises
Les falaises constituent avant tout un lieu privilégié pour la nidification de nombreuses espèces d’oiseaux qui y cherchent la tranquillité vis-à-vis des prédateurs et des dérangements, Elles constituent un habitat privilégié pour deux grands groupes d’oiseaux : les oiseaux marins et les rapaces. Mais on y rencontre également de nombreuses espèces de mammifères, particulièrement les chauves-souris et aussi parfois certaines espèces de reptiles, ainsi que des araignées et des insectes.
IX-1-Les vertébrés prioritaires. (Annexe IV a de la Directive 92/43 CEE)
Le lézard des murailles

Podarcis muralis atteint en Wallonie sa limite d'aire de répartition vers le nord. Il se rencontre principalement dans les milieux rocheux liés aux grandes vallées. La plupart de ces populations ont un caractère relictuel, elles sont donc isolées de longue date et d'un intérêt patrimonial élevé. Franz Gassert signale deux sous-espèces observées, brogniardi et merremius (Böhme 1986)Les insectes constituant l’alimentation exclusive de cette espèce prioritaire font donc partie intégrante de son habitat. Il est donc primordial de permettre aux populations d’insectes de se développer librement.
Comportement : Animal à sang froid le Lézard des murailles est diurne, il est actif pendant 9 à 12 h suivant la saison et la température.
Le comportement de chauffage au soleil a une grande importance. Lorsque la température du substrat est proche de la température préférée des Lézards (34°C) ceux-ci passent 95% de leur temps à se chauffer au soleil (Edsman 1986).Il est donc indispensable que son habitat soit préservé de toute pollution et que sa quiétude soit préservée.
X-Les oiseaux rupicoles.
Une espèce est considérée comme rupestre dans la mesure où elle utilise les habitats de falaises comme centre de son domaine vital, notamment au cours de la phase la plus importante de son cycle de vie, la période de reproduction.
X-1-Législation communautaire en matière de protection de la nature
« En Europe, la protection de la nature est régie par deux actes législatifs fondamentaux, la directive «Oiseaux» et la directive «Habitats». Au titre de la directive «Oiseaux», les États membres sont tenus de désigner tous les sites les plus appropriés en tant que ZPS afin d’assurer la protection des espèces d'oiseaux sauvages. Pour déterminer si les États membres se sont conformés à leur obligation de désignation des ZPS, la Commission recourt aux meilleures données ornithologiques disponibles. Si les informations scientifiques nécessaires font défaut, la Commission utilise les inventaires nationaux des zones importantes pour la conservation des oiseaux (ZICO) établis par l'organisation non gouvernementale BirdLife International. Sans être juridiquement contraignant, l'inventaire ZICO est basé sur des critères scientifiques internationalement admis. La Cour de justice a déjà pris acte de sa valeur scientifique.
La directive «Habitats»impose aux États membres l'obligation de désigner des sites d'importance communautaire (SIC) pour la conservation de certains types d'habitats naturels et, une fois que ces sites ont été formellement institués par une décision de la Commission, de les désigner en tant que zones spéciales de conservation (ZSC) dans un délai de six ans. L'ensemble des ZPS et des SIC forment le réseau Natura 2000 de zones protégées, principal instrument communautaire de conservation des habitats naturels et des espèces animales et végétales qu'ils abritent. »
X-2-Importance des falaises sites de nidification privilégiés.
Le littoral de notre pays ne possédant pas de falaises, Nos observations ont concerné les sites rocheux de nos vallées et en particulier les rapaces, espèces extrêmement sensibles au dérangement dont l’habitat naturel se raréfie actuellement de plus en plus. Les parois rocheuses accueillent des espèces d’oiseaux parmi les plus menacés en Europe et tout particulièrement des rapaces qui comptent très peu d’effectifs avec quelques dizaines de couples. En outre, nous avons pu observer que les rapaces rupestres sont habituellement très fidèles à leur site de reproduction. Les études consultées insistent unanimement sur la nécessité de garantir une quiétude suffisante à ces espèces très sensible au dérangement.
Selon Michel Terrasse, Vice-président de la LPO Mission Rapaces.
« Les activités telles que l’escalade, la randonnée ou encore le vol à voile connaissent aujourd’hui un essor considérable. Elles sont source de dérangements en période de nidification (absence de reproduction, abandon de couvées ou de nichées) et contribuent à réduire le nombre de sites naturels favorables (abandon de sites). Cette problématique affecte tous les rapaces rupestres et nécessite des actions d’information et de sensibilisation du grand public et des acteurs concernés. »
Les sites rocheux devraient donc être considérés comme « Zones Importantes pour la Conservation des Oiseaux » (ZICO). Directive du Conseil du 30 novembre 2009 concernant la conservation des oiseaux sauvages (2009/147/CE)
X-3- Importance des rapaces
Les rapaces occupent une position « Clef de voûte » dans les écosystèmes et participent ainsi à l’équilibre des strates trophiques. Ils sont donc indispensables au maintien de la biodiversité. Charles Elton (Animal ecology) « Certaines espèces, dites espèces clé de voûte, ont un rôle important au sein des écosystèmes, par leur influence sur plusieurs autres espèces pouvant être réparties dans différents niveaux trophiques ».
Les principaux rapaces concernés sont ; Le faucon Pèlerin, le hibou Grand Duc, le faucon crécerelle.
Nous n’avons pu accéder à des d’études récentes concernant les statistiques actuelles de fréquentation et de nidification sur parois rocheuses.
La seule étude systématique effectuée sur des parois rocheuses que nous avons pu consulter date de 1988 mais ses pertinentes observations sont toujours d’actualité.Il s’agit de « L’influence de l’escalade des falaises sur les oiseaux rupicoles en Haute-Meuse » publiée par l’ornithologue Jean -Paul Fouarge ..Un relevé dans différents sites où se pratique l’escalade mentionnait à l’époque :
Choucas des tours (Corvus monedula)
Faucon crécerelle (Falco tinnunculus)
Pigeon colombin (Columba oenas)
Faucon pèlerin (Falco peregrinus)
Chouette effraie (Tyto alba) Dave, Freyr
Chouette hullote (Stryx aluco) Dave, Profondeville.
a /Le faucon pèlerin.
Cette espèce qui, de générations en générations, avait été présente dans notre pays, avait pour diverses raisons cessé de nicher dans nos régions.La dernière couvée de Faucons pèlerins aurait en effet été observée en Belgique en 1958 et l’espèce aurait totalement disparu de notre territoire dans les années 60.L’interdiction de certains pesticides et divers programmes de protection à travers toute l’Europe ont permis une lente réapparition des populations de Faucons pèlerins et le 7 avril 1973, Willy Suetens, brillant ornithologue belge et président du F.I.R., observe un Faucon pèlerin dans les rochers de Waulsort, en bordure de Meuse, non loin en amont de Dinant.

(Les rochers de Waulsort : Site de nidification habituel du Faucon pèlerin- mais cette année 2014 un ornithologue spécialiste des rapaces nous a signalé que le couple s’est établi sur un autre rocher à proximité du site.) Ce site abrite également Saxifraga hypnoïdes espèce végétale rare et protégée.
Depuis une lente augmentation de la population de ce falconidé a été constatée.En Wallonie, le nombre de couples nicheurs serait estimé à environ une trentaine.Cette espèce est très sensible au dérangement comme nous avons pu le constater cette année (2014) au rocher de Néviau à Dave où les mesures de protection ont été insuffisantes, (Faucon pèlerin à Dave) avec pour conséquence l’abandon du site.
L’importance du respect de la quiétude pendant la période nécessaire à la formation du couple, la parade, l’accouplement, la nidification, et la dépendance fait l’unanimité parmi les spécialistes du monde scientifique.
J P Fouarge mentionnait déjà dans son étude en 1988« Aucun site traditionnel fort fréquenté par les grimpeurs n’abritait de Faucon Crécerelle cette année. Il semble que le faucon Crécerelle ne puisse plus nicher en ces lieux ; s’il s’y installe en mars grâce à la tranquillité momentanée due aux pluies-on ne grimpe que par temps sec-il sera chassé par le beau temps…et les grimpeurs. Le cas du faucon pèlerin qui s’installe encore plus tôt pourrait poser des problèmes du même ordre. »
Le problème de la protection du faucon pèlerin a fait l’objet de nombreuses études scientifique dans les pays concernés. En France en ce qui concerne les sites Natura 2000 on applique généralement les mesures préconisées par D .HERMANT du Conservatoire des sites naturels bourguignons lors du Cinquième Forum des gestionnaires d’espaces protégés. Ces mesures ont été reprises dans l’étude de MOUNET JP-Maître de conférences HDR en Sociologie du sport- Docteur en Ecologie - Université Joseph Fourier (Grenoble 1)« - la pratique de l’escalade, de l’ULM, des ailes volantes, les travaux publics et privés (coupes forestières comprises) ont été interdits du 15 février au 15 juin.Le bilan a été nettement positif puisqu’on a assisté en 10 ans à une progression du nombre de couples de faucons pèlerins de 2 à 22.
Un autre exemple intéressant ; sur le site de falaise dans la vallée de l’Yonne (Le Saussois)La pratique de l’escalade est interdite du 1 janvier au 15 mars et l’interdiction est prolongée jusqu’au 15 juin si un couple de faucons s’installe sur le site. »
Pour appliquer ce genre de mesures en Belgique il sera évidement nécessaire d’affiner les dates en fonction du décalage climatique provoqué par la différence de latitude. Il faudra également éviter les effets pervers engendrés par des mesures de compromis, par exemple des mesures qui ne seraient prises que si des rapaces s’installent sur un site, il est évidement très tentant de faire en sorte qu’ils ne s’installent pas. Coïncidence, sans aucun doute, j’ai souvent trouvé des dépouilles de rapaces aux abords de parois utilisées pour des loisirs.
En Allemagne Fermeture temporaire afin de garantir la quiétude pendant la saison de reproduction du faucon pèlerin et du hibou grand -duc.
b/Hibou grand-duc (Bubo bubo)
En Belgique la régression de l’espèce aurait été constatée dès la fin du siècle dernier. Bergerhausen signale encore dix couples nicheurs en Belgique en 1928 .Il signale des observations de sujets isolés jusqu’en 1961 Le retour du Hibou grand-duc dans nos régions serait la conséquence directe des réintroductions réalisées par la société allemande A.Z.W.U. (Aktion zur Wiedereinbürgerung des Uhus) dans la RFA dès 1963.Les premières nidifications dans notre pays datent de 1982 et en 1987, 12 couples nicheurs avaient alors été observés en Wallonie.
Biotope
Selon l’étude de Laurent& Weiss « La préférence va, lorsqu’il a le choix, aux carrières abandonnées et falaises naturelles de grandes tailles (max. Connu : 500m de long et 90m de haut), à relief rocheux vertical très développé, généralement recouvert d’une végétation colonisante herbacée ou arbustive. »
Selon le Code A 215 du Catalogue des espèces et habitats des sites Natura 2000 de la Région Wallonne« La population est estimée entre 85 et 100 couples, qui seraient essentiellement répartis au sud du Sillon-Sambre-et-Meuse. Quelques carrières sont aussi occupées dans le Brabant wallon et en Hainaut occidental.Cette espèce peut se rencontrer partout en Wallonie.Sur des sites utilisés pour les loisirs, particulièrement l’escalade, les voies devraient être tracées en fonction de la présence du hibou grand-duc. Il est impératif de ne pas passer trop près du nid lors des escalades. Si c’est le cas, il vaut mieux fermer la voie au plus vite et l’ouvrir à nouveau en fin de nidification. »Il faut noter que la durée d’élevage des jeunes est de 20 à 24 semaines.
Certains sites rocheux ont hébergé régulièrement le Hibou grand-duc pendant des années par exemple à la roche Al’ Rue (RN), et la réserve naturelle d’Aywaille. Le statut de réserve naturelle lui réservant la quiétude souhaitée mais ne le préserve pas du braconnage.
CONCLUSIONS
Les falaises, milieux rupicoles abritent une biodiversité exceptionnelle. Ce sont des sanctuaires qu’il devient urgent de préserver efficacement, sachant que les atteintes qui y sont actuellement portées seront difficiles à réparer en raison des contraintes naturelles de ces milieux.
Ce sont également des sites majeurs pour la conservation des rapaces.
Tous les auteurs scientifiques qui ont publié sur le sujet et que nous avons consultés situent la période sensible:
-Pour la végétation depuis l’apparition des jeunes pousses et l’ouverture des bourgeons jusqu'à la fin de la floraison et de la maturation des graines. Ce qui équivaut à notre latitude aux environs du 15 mars jusqu'à fin juin.
-Pour les rapaces de janvier jusqu'à la fin de la période de dépendance. Par exemple en Allemagne, une interdiction est appliquée sur les sites fréquentés par les rapaces du 15 janvier au 31 juillet, en France du 15 février au 15 juin,
Les sites rocheux ont été proposés et acceptés dans le cadre du projet Natura 2000 et bénéficient donc des mesures de protections ainsi que du principe de précaution prévus par les directives habitats et cela même si les arrêtés de désignation avec leurs mesures spécifiques tardent à être mis en œuvre.
Guy Bungart septembre 2014
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-III SEMINARIO DE ESPACIOS NATURALES PROTEGIDOS Y DEPORTES DE MONTANA-Escalada en espacios naturales protegidos.
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